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L'affaire de la Grande Arche

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Philippe NIEUWBOURG Jeudi 11 Août 2011

Alors que l'entreprise était le principal fournisseur de systèmes informatiques d'entreprises, d'autres constructeurs commençaient à faire parler d'eux en proposant des micro-ordinateurs. Le 12 août 1981, IBM franchit le pas et annonce l'IBM PC.


Don ESTRIDGE
Nous sommes le 12 août 1981. Au siège de IBM à Armonk dans l'état de New-York, ou à Boca Raton en Floride, Don Estridge se prépare sans doute à l'une des journées les plus importantes de sa vie professionnelle. Il dirige une équipe d'une douzaine de personnes qui prépare depuis un an l'arrivée de IBM sur le marché des ordinateurs personnels. Le "Project Chess", lancé en 1980, court-circuite l'ensemble des processus industriels habituels du géant de l'informatique. Car c'est bien chez IBM en 1943 que le PDG de l'époque, Thomas Watson, pensait "qu'il existe un marché mondial pour environ cinq ordinateurs"...
Pour contrer l'insolent succès de sociétés émergentes depuis le milieu des années 70 comme Apple, Commodore, Atari, Radio-Shack... IBM décide de lancer, pour les entreprises, un ordinateur "personnel".
Mais IBM n'est pas l'inventeur de l'ordinateur personnel ! Bien au contraire. C'est en 1973, en France, que R2E met sur le marché le Micral N, premier micro-ordinateur au monde. Il sera suivi des solutions américaines proposées par Altaïr, Commodore, Apple, Tandy... jusqu'à la fin des années 70. C'est alors qu'IBM prend conscience du risque que représentent ces micro-ordinateurs ou de leur potentiel supplémentaire de ventes.
Don Estridge se voit donc confié la mission de développer ce qui deviendra l'IBM PC.

Pas de révolution technologique dans l'IBM PC
Aucune révolution technologique : l'IBM est composé d'une carte mère, d'un micro-processeur Intel 8088, de 16 à 256 Kb de mémoire vive et d'une mémoire de masse qui commence par un lecteur de cassettes, complétée d'un ou deux lecteurs de disquettes pour les configurations plus évoluées. L'architecture de l'IBM PC est ouverte. La machine propose des "slots d'extension" qui permettent à des fabricants extérieurs à IBM de proposer des fonctions complémentaires. Mais à cette époque, l'Apple II était déjà équipé de ce type de slots.

Un IBM PC 5150 au début des années 80
Un IBM PC 5150 au début des années 80
Mais une révolution dans les usages
C'est en revanche un véritable révolution de palais pour les entreprises. Des entreprises souvent acquises à la cause de IBM dont on raconte qu'elle fournissait le matériel informatique, le logiciel, les consommables... et parfois même le directeur informatique pour les piloter. Choisir IBM pour un directeur informatique était à l'époque la garantie d'une carrière prestigieuse. Mais l'informatique est à l'époque réservée aux informaticiens. Et ces derniers voient d'un mauvais jour l'idée que leurs machines arrivent un jour entre les mains des utilisateurs. Mais ces mêmes utilisateurs ne sont en rien demandeurs ! Les cadres supérieurs visés par IBM comme futurs utilisateurs de ses PC ne savent même pas taper à la machine ! Cette tâche ingrate est dévolue à la secrétaire. Quelle dégringolade sociale si un directeur financier est pris sur le fait, tapant piteusement au clavier avec deux doigts. IBM se heurte donc à la fronde de l'ensemble des utilisateurs concernés. Mais IBM à l'époque est tellement bien implanté dans les directions informatiques des grandes entreprises, qu'elle parvient à imposer son IBM PC. Les informaticiens s'en accomodent et ouvrent des accès au système central; et les cadres supérieurs le font passer à leur secrétaire qui échange volontiers leur machine à écrire électronique pour ces nouveaux outils bien plus puissants.
Il faudra attendre une nouvelle génération de cadres, ceux qui ne considèreront plus le clavier comme un marqueur social, pour que l'informatique personnelle se diffuse largement dans l'entreprise au début des années 90.

IBM se laisse copier
Initialement appelé PC (pour Personal Computer), l'IBM 5150 progresse rapidement, devient XT en 1983, AT en 1984... mais en parallèle les "compatibles PC" se développent. En effet, sans révolution technologique et avec un postulat d'ouverture, l'IBM PC n'est pas difficile à copier. Les composants sont disponibles chez Intel et les autres fournisseurs, et les autres fabricants comprennent vite que les prix élevés pratiqués par IBM leur laissent une marge de manoeuvre. HP, Compaq, Dell, Bull, Nec, Dell... tout le monde ou presque fabrique son "compatible PC", plus ou moins compatible d'ailleurs. Et IBM ne parvient pas à créer la différence, ni par la technologie, encore moins par le design. Années après années, IBM perd peu à peu des parts de marché jusqu'à revendre sa division PC en 2004 au chinois Lenovo.

Il y a 30 ans, l'annonce de l'IBM PC marque un tournant majeur
Microsoft en embuscade
S'il en est un qui profite réellement du lancement de l'IBM PC, c'est Bill Gates, aux commandes de sa toute jeune entreprise Microsoft. Contacté par IBM qui cherche un système d'exploitation pour l'IBM PC, Bill Gates les renvoient dans un premier temps vers Digital Research (DR) qui propose le système d'exploitation star de l'époque, CP/M. Mais DR refuse les conditions d'IBM (changement de nom en PC-DOS et licence unique). IBM retourne voir Bill Gates qui a entre temps acquis pour un montant estimé à 50 000 dollars, le système d'exploitation 86-DOS, qui devient MS-DOS. Microsoft et IBM se mettent d'accord et MS-DOS devient PC-DOS pour IBM. Et même si Microsoft n'a pas cédé la licence à IBM pour une fortune, il conserve la possibilité de le vendre aux "compatibles PC", ce qu'il fera largement avec succès.
Au-delà du système d'exploitation c'est l'ensemble du monde du logiciel qui se développe autour du PC. L'architecture ouverte, le système d'exploitation standard, font de l'IBM PC et de ses compatibles une plateforme idéale pour la création de logiciels. En octobre 1984, le premier numéro de Soft & Micro présente d'ailleurs une publicité de IBM qui met en avant l'offre logicielle plus que la machine "521... 522... 523... Combien y a-t-il exactement de programmes pour l'ordinateur personnel IBM ?"
En France, ce n'est pas en 1981 que le PC est lancé, mais en 1983, sous la direction commerciale de Michel Aguerreberry.

IBM n'a donc pas inventé le PC, mais l'a adoubé dans l'entreprise. Et sans doute l'informatique d'entreprise aurait-elle évolué de manière bien différente si IBM n'avait pas franchi le pas, ce 12 août 1981. Un mercredi qui restera certainement un jour important dans la vie de Don Estridge, et de bien d'autres. Il n'en profitera malheureusement pas vraiment, il décèdera en effet le 2 août 1985 aux côtés de sa femme dans un accident d'avion à l'aéroport de Dallas. A sa mort, IBM avait déjà vendu plus d'un million de PC.